Curieuses créatures
Écrire est devenu facile. Savoir ce qu'on a le droit d'affirmer l'est beaucoup moins. Dans son atelier, Kemty Einh enquête sur le métier de rédacteur à l'heure des modèles génératifs, avec CORA, une petite fourmi mécanique qui ne laisse passer aucune affirmation sans demander d'où elle vient.
Les premiers articles paraîtront avec le premier épisode de la série.
Produire un texte propre ne demande plus que quelques secondes. Ce qui reste difficile, c'est de trouver la bonne source, de distinguer un fait établi d'une affirmation fragile, de repérer deux sources qui se contredisent, et de décider ce qui peut être publié.
Kemty Einh écrit le site et anime la série. On le voit enquêter, tester des hypothèses, construire ses outils et écrire. Il se trompe aussi, et revient sur ses conclusions quand elles ne tiennent plus.
CORA (Claim Observation & Reasoning Assistant) travaille avec lui. C'est un vrai robot de huit centimètres, en tiges de laiton soudées, avec six pattes, une carte ESP32-S3 et une caméra qui lui sert d'œil unique. Elle n'écrit pas : devant chaque phrase importante, elle demande ce qu'elle affirme exactement, d'où vient l'information, et si la source suffit à l'étayer.
Le moteur de CORA n'est pas un grand modèle de langage. Ce sont nos circuits SEC, des réseaux neuro-symboliques de portes logiques apprises. Ils se lisent porte par porte, tournent en quelques millisecondes, y compris à bord de CORA, et savent s'abstenir : quand leur vote est trop serré, ils répondent « je ne sais pas ».
Un circuit SEC classe un texte, il ne vérifie pas un fait. Il repère les affirmations à sourcer, en reconnaît la nature et juge si leur formulation est trop catégorique. La recherche documentaire trouve les sources, et c'est le rédacteur qui décide de ce qui peut être publié. Nous publierons nos mesures, erreurs comprises.
Nous ne voulons pas d'une machine qui a toujours une réponse à donner. Nous voulons une machine qui cherche, qui compare, qui demande d'où vient une information, qui remarque quand deux sources se contredisent, et qui fait la différence entre l'absence de preuve et la preuve du contraire.
Nous voulons surtout une machine capable de dire « je ne sais pas ». En rédaction comme en recherche, savoir ce qu'on ignore vaut souvent plus qu'une réponse de plus.